Mon premier jeûne - qui s'est mal passé

ven, 16/03/2018 - 17:16 -- Pascal_PLASSARD
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Bonjour,

Je m’appelle Pascal, j’ai 58 ans. Je mesure 1.75 m pour un peu plus de 90 kg (avant mon expérience). Ce surpoids, devenu insupportable, m’a incité à me lancer dans un ensemble d’actions réparatrices de type mise au repos du système digestif, dont un jeûne de 5 jours, mon tout premier, seul, sans l’accompagnement d’un groupe.
Aussi, je livre à travers ces lignes mon témoignage. Le suivi quotidien est résumé dans le tableau suivant :

Tableau 1

Date v 16 fév. s d l m m j v 23 fév. S d l m m j v 2 mars s d 4 mars ------ mardi7 mars
Phase | Phase préparatoire | Jeûne hydrique | Acidocétose| Reprise alimentaire ------ Alim. normale
Difficulté -----3------------3------- 3-----2----2------2----1----1-----------1------2-----2----3-------4------5----4------------3-----2
Poids 90.6 kg---------------------------------------------87.3 kg--------------------------------------------80.8 kg------------------------------------------83 kg
Jour 1---------------2-------3-----4----5------6----7----8-----------9------10----11--12------13-----14---15----------16----17---------------------------20
Nbre ----------------------------------------------------------------------------------1-----2----3-------4------5-----6------------------------------------------------
de jours
de jeûne

Difficulté 1 : facile
Difficulté 5 : insupportable

Je livre aussi un suivi post cure, au niveau du poids en particulier, dans le tableau ci-dessous. Ce suivi sera enrichi régulièrement.

Tableau 2
Date ------------------ Poids-------------- Conditions particulières
Vendredi 2 mars ---80.8 kg-------------Début de la reprise alimentaire
Mardi 7 mars--------83 kg---------------Retour à une alimentation pratiquement normale
Mardi 13 mars------85.8 kg-------------Reprise d’une alimentation cétogène (peu de sucre à part du miel pour les tisanes)
Mardi 20 mars------?---------------------Régime cétogène de croisière avec saut des petits déjeuners

On constate que le poids remonte assez rapidement après la fin du jeûne, pour se stabiliser à une valeur médiane (entre début et fin de jeûne). 

Préambule

Tout a commencé il y a quelques années lorsque ma meilleure amie m’a parlé de ses propres cures, toutes réussies, de jeûne Büchinger de 7 jours en centre jeûne et randonnées. Ce genre d’endroit fleurit en France. Ils proposent, dans un lieu enchanteur des cures de 7 jours ou plus incluant jeûne, massages, randonnées, sport, assistance, hébergement. Rétrospectivement, en considérant ma propre aventure, c’est sans doute ce que j’aurais dû faire.

Bref, mon amie avait déclenché en moi une pointe d’intérêt. Je savais que je tenterais moi aussi l’expérience un jour ou l’autre, d’autant que la description du protocole semblait assez simple, avec une difficulté à franchir, le combat contre la faim arrivant à son paroxysme au cap du troisième jour, très compliqué à passer selon elle. Quitte ou double en quelque sorte.

En réalité, ce qui m’a freiné assez longtemps était de trouver une semaine de vacances à consacrer au jeûne dans un centre spécialisé.
Et puis les années ont passé. Et dernièrement, un peu après les fêtes de fin d’année, au cours d’un repas avec cette amie, ce fût le déclic. Pourquoi ?
Tout simplement, parce qu’elle a pratiqué avec succès son 6è jeûne Büchinger seule, chez elle, pendant les fêtes de Noël. C’était donc possible de faire ça seul chez soi !
Alors moi aussi, je le ferai sans accompagnement. C’était décidé. D’autant que j’avais l’appui de mon épouse qui m’a relayé dans le même temps quelques articles sur le jeûne.

Alignement parfait.

Je me suis mis en quête de littérature spécialisée. J’ai commencé par dévorer l’excellent livre de Thierry de Lestrade « Le jeûne, une nouvelle thérapie ? ». Il ne s’agit pas d’un guide pratique sur le jeûne, mais plutôt d’un documentaire écrit, relatant la grande aventure du jeûne dans le monde depuis 1850. C’est passionnant de bout en bout. On y apprend par exemple que les Russes sont devenus les plus grands spécialistes du jeûne thérapeutique sur la planète. On découvre également que la médecine française adopte une position plutôt hostile face au jeûne, le considérant comme du « charlatanisme ». Une des conséquences de cela est qu’il n’existe aucun centre médical officiel français dédié au jeûne. Alors que dans certains pays, il est remboursé par la sécu !

Ce livre m’a tellement enthousiasmé - car on y découvre aussi les innombrables vertus de cette pratique multimillénaire - que j’ai persévéré dans ma détermination. Pour aller plus loin, j’ai donc acheté un guide pratique qui décrit toutes les étapes : préparation au jeûne, le protocole du jeûne, les variantes, les différents types de jeûnes, la sortie de jeûne avec réalimentation progressive, etc. Très bon guide, écrit par un médecin canadien, Jason Fung, et préfacé par…Thierry de Lestrade ! Toutefois, ce guide présente un point faible de taille, mais je ne le savais pas encore. J’y reviendrai.

J’y ai découvert que le protocole de jeûne ne se résume pas au jeûne lui-même, mais nécessite une préparation soignée et adaptée à chacun, ainsi qu’une phase de réalimentation progressive en fin de jeûne. Ce qui conduit donc un schéma de ce type-là :

Tableau 3

1 - Préparation
2 - Nettoyage intestin
3 - Jeûne proprement dit
4 - Reprise alimentaire

La durée de chaque étape est fonction de ce qu’on souhaite entreprendre (jeûne de 7 jours, de 14 jours, etc.).

La préparation

En accord avec mes lectures, mais aussi pour des raisons psychologiques (le jeûne, ça effraie un peu, surtout le premier), j’ai décidé de bien me préparer.

En particulier la purge des intestins, qui est une étape extrêmement importante dans le protocole. Cette action mécanique (absorption par voie buccale d’eau salée en préparation coloscopique ou laxatif par voie anale) va considérablement aider l’organisme à faire sa « détox » lors des premiers jours de jeûne. Les intestins doivent être totalement vides au démarrage du jeûne. Pour ma part, j’ai opté pour un laxatif par voie orale (2 litres d’eau spécialement préparée à cette fin et qu’on trouve en pharmacie).

Mais ce qui me préoccupait beaucoup plus (à tort, on verra plus loin pourquoi), c’était le combat contre la faim. Le troisième jour, selon ma collègue (le deuxième dans la littérature spécialisée) semblait être une étape déterminante dans la poursuite ou non du processus. J’ai donc axé ma stratégie de préparation dans ce sens, un peu anxieux, je l’avoue. L’idée étant d’avoir le moins faim possible lorsque ce fameux troisième jour se présenterait, nom d’une pipe !

Donc, une semaine avant le grand saut, j’ai opté pour un régime cétonique (« keto » pour les intimes) doublé d’un jeûne alterné de 16 h chaque jour (ce qui revient à sauter le petit déjeuner).

Le régime kéto est un des plus simples qui soient. Il s’agit juste de ne plus manger de sucre du tout (en réalité 50 g par jour max.) : sucre en poudre, en morceaux, desserts, flans, viennoiseries, yaourts sucrés, sodas, un certain nombre de fruits, et tous les aliments renfermant des sucres cachés tels que le pain blanc, les fonds de tarte, le pain de mie, les biscottes, les pâtes, les pommes de terre… Cela paraît énormément contraignant et restrictif, surtout quand on est accro au sucre comme je l’étais (et le suis encore). Mais en fait, comme on peut compenser avec d’autres aliments tels que la charcuterie, les rillettes, les œufs mayo, les terrines, le fromage, ça fait le deal. Et le résultat est plus que motivant, car en 7 jours, j‘avais déjà perdu quasiment 3 kg ! (cf. graphique en début d’article).

Pourquoi cette stratégie zéro sucre ? En fait, en lisant mes ouvrages de référence, j’ai compris un certain nombre de mécanismes gérant notre alimentation et notre métabolisme. Une de ces prises de conscience concerne le sucre. C’est vraiment l’ami qui nous veut du mal. Il est à l’origine du diabète de type 2, de la plupart des maladies cardio-vasculaires, de l’obésité, de l’hypertension, des caries. Ce ne sont pas les graisses qui sont l’ennemi public. Supprimez le sucre, essayez, comme moi pendant 1 semaine, 1 mois, 1 an, et observez-vous. Vous serez surpris (positivement).

L’équation de ce régime est très simple : Zéro sucre = glycémie constante = zéro fringale à 10 h + zéro fringale à 16 h + zéro grignotage (l’insuline n’est plus sollicitée par l’organisme puisqu’on ne consomme plus de sucre). C’est donc une aide précieuse à la préparation de lutte contre la faim.

Mais pourquoi avoir associé un jeûne intermittent au régime kéto ? Pour augmenter l’effet produit. En effet, ces deux protocoles ont le même but : mettre l’organisme en mode « cétogène ». C’est-à-dire le forcer à puiser son énergie dans les graisses stockées dans nos réserves. Pour faire simple, le sucre qui est le principal empêcheur de tourner en rond dans ce mode de fonctionnement est tout bonnement éliminé de l’alimentation. Les réserves de sucre étant très faibles (24 h maximum/ glycogènes du foie) sont donc déjà très diminuées dès le deuxième jour du régime kéto. Dans ces conditions, le corps peut ronronner tranquillement avec son stock de graisse, constamment renouvelé par l’alimentation quotidienne (rappelez-vous : rillettes, charcuterie, beurre, crème fraîche à volonté). Ce n’est plus un problème, et tout ceci permet, comme un bonus, une perte de poids avec une certaine rapidité. Je vais oser un très mauvais jeu de mots : on a le beurre et l’argent du beurre, en quelque sorte !

Enfin, une des raisons qui m’a poussé à sauter le petit déjeuner au lieu du dîner est liée à mon cas personnel. En effet, mon petit déjeuner était constitué (tous les jours) d’une demi-baguette beurrée, avec un peu de confiture et un jus d’orange accompagnés d’un café. Beaucoup de sucre au final chaque matin et peu de valeurs nutritives. Autant supprimer tout ça. Avec le recul, je peux affirmer que sauter le petit déjeuner me convient parfaitement, sans effort particulier.

Par ailleurs, la compensation en vitamines et oligo-éléments présents dans les fruits qu’on ne peut plus consommer librement, peut se faire grâce à la consommation quotidienne de 10 g de spiruline, complété par le jus d’un ou deux citrons frais qui apporte sa dose de vitamine C, draine le foie et facilite la digestion (par exemple, un le matin au réveil et un après le déjeuner).


Le jeûne hydrique

Après 9 jours de phase préparatoire, je me suis finalement lancé au matin du 10è jour de mon protocole total, confiant, motivé, gonflé à bloc, fort du succès de ma préparation. Plus aucune nourriture pendant 7 jours. J’avais opté pour le jeûne des puristes, qu’on appelle le jeûne hydrique (on ne consomme que de l’eau). Erreur, là encore, car en optant pour un jeûne de type Buchinger, qui autorise les bouillons de légumes filtrés et les jus de fruits frais filtrés (zéro fibre), j’aurais sans doute évité la catastrophe que je vais décrire plus loin, surtout pour un premier jeûne.

Le premier jour, la faim s’est fait particulièrement sentir au moment du déjeuner. Je me suis un peu isolé et tout s’est bien passé. L’après-midi, j’ai fait une grande balade dans la nature, c’était un dimanche remarquablement ensoleillé. C’est important de s’occuper (sport, promenade, activité intellectuelle,…). Plus c’est prenant, mieux c’est. Le soir, aucun problème particulier à signaler, malgré une sensation de faim omniprésente, mais en arrière-plan.

Le deuxième jour, j’ai passé une journée de travail ordinaire dans mon entreprise (c’était un lundi) avec une sensation de faim toujours assez présente à midi. Je suis sorti pour une promenade réparatrice. L’après-midi, j’ai bu beaucoup de thé vert et de café (sans sucre, ni édulcorants), censés être des coupe-faim. Ça aide un peu. Le soir, une fois chez moi, j’ai adopté le même stratagème que la veille : « se mettre sur le PC » jusqu’au moment de se mettre au lit. Pas de faits notoires à signaler là non plus. Finalement, c’est avec une relative aisance que je suis arrivé au troisième jour tant redouté. A tort.

Car le miracle du troisième jour aura été pour moi la fin de la faim (arf !). Dès le réveil. En effet, plus aucune sensation de faim ne s’est manifestée. J’étais tellement heureux, que j’ai passé une matinée extra, redoublant d’enthousiasme. J’ai fait une séance de sport en fin de matinée, en super forme. A l’heure de déjeuner, je suis allé faire un tour comme d’habitude, non pour tromper ma faim, mais pour chiner, observer, profiter réellement du moment présent, serein et heureux. Dans mon esprit, j’avais réussi l’épreuve de force, le reste qui allait suivre n’étant qu’une sorte de routine facile et convenue. Malheureusement, ce qui devait suivre aurait sûrement refroidi mon ardeur. En effet, dans l’après-midi, une certaine fatigue s’est insinuée en moi de façon progressive et sournoise.

Au matin du quatrième jour, censé être celui du bien-être « irréel et cosmique » tant attendu, m’a offert une réalité tout autre. Le début d’une descente aux enfers. Il s’agit de la crise du 4è jour provoquée par l’entrée en mode cétogène de façon profonde, due au jeûne. Rien à voir avec celle provoquée par le régime kéto, qui agit en douceur. Cette crise, appelée « céto-grippe » par les uns, crise de détox par les autres ou encore acidocétose du jeûne, ressemble fortement à ce qu’on appelait dans le temps la « crise d’acétone ». Selon Wikipédia, l'acidocétose est la conséquence médicale de la production par l'organisme de corps cétoniques en trop grosse quantité. A distinguer de l’acidocétose diabétique, qui présente, non seulement des corps cétoniques en excès mais aussi des glucides en excès. Cet excès crée une surcharge, en particulier du foie, qui mène à une fatigue intense (hypoglycémie, hypotension, nausées, etc.) qui peut durer plusieurs jours.

Pourtant, dans les ouvrages que j’ai épluchés avant de me lancer, j'ai trouvé tellement peu d’info sur cette crise que je l’ai « zappée » totalement. J’ignorais donc son existence lorsque j’en fus victime. Finalement, avec le recul, il apparaît que la phase cruciale d’un jeûne hydrique de longue durée (7 jours au moins) n’est pas la disparition de la faim, mais bien la tolérance à cette crise, qui fut terrible dans mon cas et m’a contraint à interrompre prématurément mon jeûne au 5è jour (cf. tableau en début d’article).


La crise d’acidocétose du jeûne (« céto-grippe » ou « grippe cétogène »)

Renseignement pris à postériori, cette fameuse crise d’acidocétose semble être une constante chez bon nombres de jeûneurs. Physiologiquement, elle consiste en un nettoyage en profondeur de l’organisme, liée au basculement du mode glucogenèse au mode cétogenèse. Je m’explique.

Cette crise survient toujours au 4è jour et peut durer jusqu’au 5è jour, parfois plus (ce qui fut mon cas, puisqu’elle m’a totalement invalidé jusqu’au 6è jour).

Au début du 4è jour de jeûne, tous les glucides ont été éliminés de l’organisme, le corps « comprend » qu’il n’aura rien d’autre que ses propres réserves à manger - on appelle ça l’autophagie (temporellement, elle est alignée sur la perte de sensation de faim). Avant de puiser dans les graisses, le corps va donc commencer par manger le plus accessible, c’est-à-dire tous les éléments inutiles ou usés, telles que les cellules malades, les cellules en fin de vie, les cellules précancéreuses et même une partie des cancéreuses, etc. Le grand nettoyage en quelque sorte. Pour prendre une image, imaginons que vous vouliez ramasser du bois dans la forêt voisine. En premier, avant de vous attaquer aux troncs valides, vous ratissez les branches mortes, les souches déracinées, les troncs pourris, etc. C’est ce qu’il y a de plus facile à ramasser. Et vous faites brûler tout ça. Il en ressort beaucoup de toxicité difficile à évacuer. Dans le corps c’est pareil. Le foie est très impliqué dans ce processus de nettoyage et il peut peiner pour différentes raisons (foie faible ou malade ou encore non purifié) et vous rendre malade, très malade. Une méga crise de foie en sorte. D’autant plus qu’il doit gérer une surcharge ponctuelle en corps cétogènes. La tension chute vertigineusement, vous mettant à plat. Le teint pâlit. Des maux de têtes, des nausées, des vertiges peuvent apparaître. Tout cela est aussi accompagné de douleurs articulaires, de démangeaisons, parfois de fièvre. Il en ressort une sensibilité olfactive accrue vous rendant hyper sensible aux odeurs qui vous dégoûtent de tout.

La crise qui a débuté sans crier gare dans la soirée du 3è jour, m’a plaqué au lit jusqu’au 6è jour dans un état de faiblesse extrême avec une envie de vomir arrivant par vague. Mes seules sorties hors du lit étaient réservées aux toilettes, car je buvais beaucoup. Extrêmement inquiet, seul chez moi, j’ai décidé de rompre le jeûne prématurément dans l’après-midi du 5è jour, par une reprise alimentaire timide. Mon premier bol de soupe a été immédiatement rejeté. Je ne savais pas quoi manger. Tout m’écœurait. Le frigo semblait sentir mauvais. Et je n’avais pas la force de me préparer un bouillon maison ou même d’éplucher des carottes. Finalement, je me suis dit que le sucre rapide, l’ennemi juré d’hier pouvait être mon allié d’aujourd’hui. J’ai ouvert une cannette de soda (acte terroriste à mes yeux mais d’une facilité déconcertante). La première gorgée, bien qu’infiniment trop sucrée, m’a apporté immédiatement le réconfort espéré (de courte durée, toutefois). Cela m’a permis d’ingurgiter péniblement (sans les rejeter) quelques fraises. Puis, trop épuisé, je devais retourner au lit. Là encore, renseignement pris après coup, il est clairement indiqué sur les sites spécialisés dans l’acidocétose que la crise peut être facilement et rapidement jugulée par la prise de sucre rapide. Mon instinct m’a donc bien orienté.

Quelques heures plus tard, une fois l’énergie du soda et des fraises brûlée par l’organisme, tous les symptômes réapparaissaient faute d’énergie suffisante. Mon métabolisme au plus bas réclamait beaucoup plus. J’ai eu l’idée de manger une pomme. Miracle, ce fût le début avéré de ma sortie de la crise (le 6è jour du protocole de jeûne). La pomme m’a non seulement permis de faire durer plus de 3 heures la sensation d’apaisement des symptômes, en particulier la nausée, les maux de tête et les reflux gastriques, mais elle m’a redonné confiance. De fil en aiguille, j’ai retrouvé un niveau d’énergie suffisant pour pouvoir me déplacer dans la maison sans problème, puis me préparer des repas plus sophistiqués. Je n’ai pu retrouver une vitalité normale qu’à partir du mercredi suivant, soit le 7è jour après l’entrée en acidocétose !

Le tableau ci-dessous permet de visualiser l’évolution du niveau d’énergie ressenti pendant la phase de jeûne proprement dite. On remarque que la chute d’énergie est très brutale et remonte difficilement. Avec le recul, je pense que j’ai bien réagi en tirant le siège éjectable qui m’a permis de sortir du jeûne à temps. N’étant pas médecin, je ne sais pas dire si j’ai abîmé mon foie ou mes reins. Aurais-je pu persévérer dans le jeûne sans risque ? Autant de questions sans réponses qui me laissent dubitatif.

Niveau d’énergie (vitalité) ressenti pendant la phase de jeûne :

Tableau 4 (2018)

date------Dim 25 fév.----Lundi ----Mardi----Mercredi----Jeudi 1er mars----Vendredi----Samedi----Dim 4 mars---Lundi---Mardi---Mercredi
phase---Jeûne hydrique----------------------Crise d’acidocétose----------------------Reprise alimentaire progressive
Niveau
d’énergie
ressentie
(vitalité)-100%------------100%----100%----50%-----------40%-----------------40%-----------60%--------75%------------80%-----90-------95%
Nbre
Jours
à partir
début
du jeûne----1---------------2----------3----------4--------------5----------------------6---------------7-------------8----------------9---------10-------11

Après réflexion, voici ma théorie sur la cause d’une crise aussi violente et sur les remèdes associés (pour la prochaine fois).

Cause probable :

encrassement excessif du foie depuis trop longtemps. Jamais nettoyé. En effet, le foie étant un filtre, il faut le nettoyer régulièrement comme le filtre d’une hotte de cuisine ou d’un aspirateur, par exemple. Si le filtre est saturé, l’appareil sera peu efficace, et les moteurs vont peiner. Par ailleurs, j’ai toujours eu un foie un peu
« faible ».

Remèdes :

• Faire une cure de détoxication du foie efficace avant de démarrer le jeûne. On trouve facilement beaucoup d’informations sur ces cures (la cure citron de 21 jours me semble excellente). On recommande une cure par an minimum, ou après chaque grosse festivité.

• Accompagner le jeûne de « béquilles » comme le bouillon d’os, le bouillon de légume filtré, les jus de fruits frais pressés et filtrés que l’on peut consommer dès que l’on en éprouve le besoin, ou encore une cuillère à café de miel en cas d’hypoglycémie trop sévère. Ces béquilles, bien que dénaturant le jeûne hydrique pur et dur, permet au débutant de passer le cap de la crise plus facilement.


Conclusion

Deux parties pour cette conclusion :

1. Présentation du programme idéal pour mon prochain jeûne,

2. Retours sur cette mauvaise expérience qui m’aura tout de même appris énormément de choses sur le fonctionnement de notre organisme que je qualifierai d’intelligent tant le jeûne s’apparente à un mode de fonctionnement optimisé pour la recherche de nourriture d’un organisme à court d’aliments (cette intelligence remonte très loin dans l’histoire de l’humanité et est inscrite dans nos gênes. Notre corps est fait pour l’alternance d’abondance et de jeûne. A la différence près qu’à l’époque des chasseurs-cueilleurs, leur organisme n’était pas envahi de toxines liées aux excès de sucre, de mauvaises graisses, de nitrates et autres pesticides. De plus, l’exercice physique était « obligatoire » pour survivre à cette époque. Au final, la crise d’acidocétose était sans doute inexistante).

Le programme idéal

Tout d’abord, le programme idéal est conditionné par les deux effets les plus pénibles du jeûne thérapeutique de longue durée : la sensation de faim et la crise d’acidocétose. Ils doivent être efficacement anticipés pour mieux les maîtriser.

Les deux « outils » que je propose dans ce but (en amont du jeûne) sont :
• le régime kéto associé au jeûne quotidien de 16 h, à pratiquer quelque temps avant le jeûne proprement dit,
• une cure de nettoyage du foie, à pratiquer en parallèle du régime cétogène.

Par ailleurs, j’opterai pour un jeûne de type Buchinger, plus facile et plus tolérant contre l’acidocétose (dans ce type de jeûne, le bouillon de légumes filtrés, le jus de fruits frais filtrés, le bouillon d’os sont acceptés, d’une part pour diminuer la sensation de faim, et d’autre part pour contrer plus efficacement l’acidocétose, comme vu précédemment.

Revenons sur les deux outils évoqués plus haut :

Le régime kéto (2 semaines minimum) va permettre de passer progressivement en cétogenèse, habituant donc le corps à fonctionner sans sucre pour mieux le préparer au jeûne. De façon automatique, une première détox de l’organisme va se faire discrètement en arrière-plan, un peu comme l’installation de la toute dernière mise à jour de Windows 10. Un effet important apparaît très vite : une perte de poids assez spectaculaire (dans mon cas, 3 kg en 7 jours !). C’est très motivant, je vous assure.
Pour renforcer l’effet du régime cétogène, on peut se lancer dans un jeûne partiel (dans mon cas, j’ai choisi de sauter les petits déjeuners, ce qui m’a paru le plus facile pour moi, comme vu précédemment). Tous les effets vont être accélérés, comme expliqué plus haut.

Le bonus : ayant moins de masse à filtrer, le foie est épargné d’autant  (exemple : 3 semaines de régime kéto + jeûne alterné de 16 h = perte de 9 kg. Soit 10 % de mon poids total. Résultat : efficacité du foie accrue de 10 % = atténuation de la crise d’acidocétose de 10 %).

La cure de purification du foie, quant à elle, va donc permettre « d’offrir au jeûne » un foie totalement remis à neuf, parfaitement efficace. Le résultat devrait être grandement amélioré par rapport à mon premier jeûne avec l’apparition d’une crise d’acidocétose minimisée parfaitement gérable. Sur les sites spécialisés dans le jeûne, j’ai trouvé cette info très intéressante : les jeûnistes multirécidivistes n’ont plus de crise d’acidocétose au bout du 4è jeûne. Ce qui me conforte dans mon hypothèse. La durée de la cure « détox » est variable selon le type de cure que l’on aura choisi. Parmi les plus longues, j’ai trouvé la cure de 21 jours (très simple, elle consiste à préparer chaque matin un thermos de jus de citron frais et bio mélangé à un litre d’eau par exemple, et de siroter ça tout au long de la journée. La quantité de citron à mettre dans le thermos va augmenter progressivement les 10 premiers jours, puis diminuer les 11 jours suivants, de façon à ne pas stresser l’estomac. L’idéal est d’utiliser de l’eau chaude, ce qui a pour effet d’annuler l’acidité du citron tout en en conservant les qualités purificatrices). On peut sucrer légèrement avec du miel de romarin qui est très détoxifiant.

Personnellement, si je devais refaire un jeûne, voici donc l’enchaînement chronologique que j’adopterais :

Tableau 5

1 - Régime kéto + saut du petit déjeuner + cure détox foie (21 jours en tout)
2 - Lavement la veille du jeûne
3 - Jeûne Buchinger 7 jours
4 - Réalimentation progressive pendant 7 à 10 jours

Mon retour d’expérience

Il apparaît clairement que je suis parti un peu vite dans l’expérience, pensant être bien préparé et avoir tout compris. Grave erreur de ma part qui m’aura valu déception, frustration et inquiétude. Par contre, comme je ne suis pas médecin, je ne peux dire si j’ai réellement mis ma santé en danger.

Toutes les informations que j’ai pu consulter dans les deux semaines précédant mon jeûne étaient trop discrètes sur cette crise d’acidocétose. Etait-ce dans le but de ne pas effrayer le lecteur ? Pourtant, le guide que j’ai acheté est une référence écrite par un médecin. A la fin de l’ouvrage, une FAQ permet de satisfaire la curiosité des futurs jeûnistes. Par exemple, on peut lire :

 Le jeûne fatigue-t-il ? Non, absolument pas. Au contraire, il renforce le métabolisme.
 Peut-on faire du sport pendant le jeûne ? Oui, c’est même recommandé. Le jeûne stimule les fonctions musculaires.

Tout cela est vrai, mais en dehors de la phase d’acidocétose. Comme l’auteur n’en parle pas quasiment pas (seul un encadré de quelques lignes seulement la mentionne), on peut s’imaginer que le jeûne est facile.

Je dirais donc qu’il faut toujours recouper ses sources, et qu’il faut être prudent en matière de santé. On ne joue pas avec son foie comme avec un PC qu’on bidouille par plaisir (ce qui m’arrive parfois). J’espère simplement que cette « fausse manip » n’aura pas de conséquences négatives sur ma santé.
Mais cette expérience n’a pas généré que des problèmes et des angoisses, heureusement. Aussi, je souhaite mettre en avant un point très positif : la somme de connaissances que j’ai emmagasinée depuis que j’ai commencé ma démarche. C’est tout simplement incroyable tout ce que j’ai appris sur le fonctionnement du corps humain, du métabolisme, de nos régulations internes, mais aussi sur l’évolution de la médecine occidentale au début du XXe siècle aux USA et en Europe.

L’autre point très positif et extrêmement gratifiant est une perte globale de 10 kg en 15 jours (dont une partie fut inexorablement reprise, c’est technique).

Le futur

Il était avéré qu’une partie des kilos perdus en jeûnant serait reprise dans les jours qui suivraient le jeûne. C’est toujours le cas. Je m’attendais donc à reprendre environ 4 kg en 10 jours. Ce qui fût le cas et même un peu plus (voir tableau additionnel de suivi en début d’article). Mon premier objectif est de les reperdre. J’utiliserai le « régime kéto » associé au saut du petit déjeuner chaque jour (cette technique correspond à un jeûne quotidien de 16 h, dernier repas pris vers 20 h/21 h et déjeuner le jour suivant pris vers 12 h/13 h). On n’abandonne pas une méthode qui marche. Théoriquement, en 8 à 9 jours ce devrait être réglé.

Une fois ce premier objectif atteint, je vise une perte plus importante pour atteindre 72 kg, mon poids idéal (celui de mes 25 ans). Je pense continuer la même méthode. Il me faudra environ 3 mois (81-72)/3, si je ne fais aucun écart. Dans le cas contraire, on peut ajouter un mois. C’est beaucoup moins rapide qu’un jeûne de longue durée, mais c’est plus soft, et surtout plus durable (à condition de ne pas replonger dans les vieilles habitudes une fois le poids idéal atteint).

Enfin, je me fixe un objectif plus lointain (je ne désarme pas) : retenter un jeûne de 7 jours en étant bien préparé (conformément à ce que j’ai évoqué plus haut), de préférence se déroulant en milieu protégé (dans un centre spécialisé en France). Je suis convaincu que la pratique d’un jeûne de 7 jours, deux fois par an, au début du printemps et à l’entrée de l’hiver est une bonne formule. Le bienfait apporté par un jeûne d’une semaine perdure pendant 6 mois, de quoi passer l’hiver sans encombre. Il est important également de prévoir au moins 2 cures de « détox » du foie par an, la première après les fêtes de Noël, la période la plus chargée de l’année, et la seconde, dans le courant de l’automne, de façon à anticiper la hausse de quantité de nourriture due à « l’hibernation » et de prévenir la déprime saisonnière. En effet, il est démontré qu’une bonne cure permet d’améliorer non seulement le fonctionnement du corps mais aussi celui du moral.

En fait, cette expérience m’a ouvert les yeux sur un point fondamental. Le corps est un instrument extraordinaire, à notre service, avec son intelligence propre. Mais le service est en réalité à double sens. Plus nous choyons et respectons notre corps en lui apportant ce qu’il faut aux bons moments, plus la symbiose tendra vers la perfection. Pour cela, il faut bien sûr en prendre conscience, puis ensuite, être à l’écoute, enfin agir en conséquence en considérant notre « véhicule » comme un vieil ami qui nécessite soutien et attention.

Soumis par ernestine le

Bonjour Pascal,

Merci mille fois, Pascal, pour votre retour d'expérience.
J'ai voulu tenter un jeûne de 7 jours à la maison pour éradiquer l'eczéma qu'aucune médecine traditionnelle ou douce n'avait réussi à éradiquer. J'étais sereine, aucune inquiétude. J'attendais la journée magique aussi ! Mais ce ne fut pas magique du tout, cauchemardesque serait le terme approprié ! Le pire c'est que ça a commencé dès le début pour moi, car j'ai voulu être intégriste et ne boire que de l'eau et en plus... j'ai fait une purge au Nigari. Horrible.
J'ai opté au bout du 4è jour pour la version Buchinger et je me suis sentie... un peu mieux. Je n'ai pas interrompu le jeûne pour optimiser au maximum mes chances contre ce fichu eczéma. Mais j'ai vraiment perdu beaucoup de poids, ce qui n'était pas mon but du tout. Je suis passée de 51 à 45 pour 1,58 m...
Quand j'ai bu mon verre de jus d'orange filtré allongé... c'était le Nirvana !
L'autre symptôme pénible, c'était la tachycardie aussi et l'épuisement dès que je fais le moindre effort. Je dois m'arrêter au milieu de l'escalier pour reprendre mon souffle alors que je vais travailler à vélo (je suis infirmière de nuit, j'ai 25 km à faire ), l'effort ne me pose jamais de problème.
Enfin voilà... L'an prochain, je refais un jeûne mais je vais le préparer à votre façon... et surtout plus à la maison mais dans un centre de jeûne. Encore un grand merci. Vous avez été le plus limpide !

Soumis par Patrick Dupré le

Bonjour, permettez-moi de faire quelques rectifications dans votre démarche sur le jeûne.
Ok pour dire que la mise en cétogène c'est 50 gr de glucide/jour ; c'est ce que l'on raconte souvent sur le net. Mais la réalité, c'est que 2,5 gr maximum. Si pendant votre jeûne, vous mangez une seule datte c'est OK mais si c'est deux dattes, c'est foutu. La cétose ne marche plus au-dessus de 2,5 gr de sucre ou glucose.
Si vous avez des difficulté, après 5 jours de jeûne, douleurs, etc, crise d'acidose ! ! ! et bien il faut continuer un et deux jours en régime cétogène, vous mangez principalement des lipides, 8/100 protéine, que 2,5 gr de glucide et vous reprenez votre jeûne normalement. Personnellement, j'ai des problèmes après mon 5ème jours de jeûne, je ne perds plus de poids et cela n'est pas normal. Donc, je vais me mettre en régime cetogène après mon 5ème jour et voir si mon poids diminue. Je jeûne depuis un an, 44 jours de jeûne au total pour soigner plusieurs de mes maladies ? et ça marche. Bon jeûne à vous.
Patrick